Fondation


 

Parler de la naissance de Saint-Michel-du-Squatec, c’est remonter à la fin du 19ième siècle, à l’époque où les premiers défricheurs arrivent dans la région de l’est du lac Témiscouata.

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Le premier à arriver dans ce bout de pays est un bûcheron venu de Notre-Dame-du-Lac, Joseph Viel, surnommé le «Père Jos». Voici l’histoire de cet homme très débrouillard. Joseph Viel naît à Rivière-du-Loup le 16 novembre 1865. À l’âge de 20 ans, il épouse Alphonsine Durand à Sainte-Rose-du-Dégelé. Ensemble, ils s’établissent à Notre-Dame-du-Lac où ils cultivent une terre peu hospitalière.

Lors de ses excursions de chasse au Canton Robitaille arrosé par les rivières Touladi, des Aigles et le premier lac Squatec, Joseph Viel remarque que les terres qui composent ce territoire sont plus propices à l’agriculture que la sienne, car elles sont planches et sans roche. De plus, la richesse des ressources fauniques et halieutiques qui s’y trouvent ainsi que le caractère sauvage des lieux attirent notre pionnier.

 

Conquis, Joseph Viel décide de réaliser son rêve en 1893, soit celui de fonder la mission Saint-Joseph-de-Viel. Il est sans le sou, déconseillé par ses proches de se lancer dans la concrétisation de son rêve prodigieux. Seul son cousin de Rivière-du-Loup consent à lui prêter l’argent nécessaire.

Pendant trois ans, Joseph Viel fait preuve de courage et de persévérance en effectuant à plusieurs reprises la navette entre Notre-Dame-du-Lac et le Canton Robitaille pour défricher le sol. Des membres de sa famille et des amis l’accompagnent régulièrement pour l’aider à abattre les arbres. Le « Père Jos » prend même plaisir à venir en raquettes au cours de la saison hivernale pour ramener du gibier à la maison.

En 1895, tout le travail accompli par Joseph Viel et ses comparses est récompensé. La terre leur donne de belles céréales ainsi que des pommes de terre. Ces résultats amènent le « Père Jos » à s’établir définitivement sur le Canton Robitaille l’année suivante avec son épouse et ses enfants. Pour que d’autres hommes le suivent, notre pionnier érige un moulin qui contribue largement à la construction de nouvelles habitations. Des cabanes de bois apparaissent ici et là et l’on parle bientôt d’une colonie…

La demeure de Joseph Viel en plus de loger la famille, sert de lieu d’accueil pour les bûcherons, les chasseurs étrangers et les voyageurs, ainsi que pour célébrer la messe et pour faire la classe aux enfants.

La colonisation de cette vaste forêt vierge est le prélude pour Joseph Viel de nombreux rebondissements. Celui-ci devient défricheur, cultivateur, architecte, bâtisseur d’habitations, de moulins à scie, de ponts flottants et constructeur de routes.

En 1898, l’ouverture de la compagnie Fraser à Notre-Dame-du-Lac fournit énormément de travail aux membres de la communauté de Saint-Joseph-de-Viel. Le président apprécie grandement leur ouvrage, à un point tel qu’il décide de déménager son moulin à scie à Cabano pour se rapprocher de cette colonie. Quant au « Père Jos », l’homme d’affaires a pleinement confiance en lui ; nul ne connaît les forêts situées à l’est du lac Témiscouata mieux que lui. Après quelques années de loyaux services, son travail à la compagnie Fraser en tant que contremaître ne lui donnant pas suffisamment de temps pour s’adonner à ses loisirs de trappeur, Joseph Viel se tourne vers sa terre et s’engage encore plus profondément dans la vie de son milieu.

En 1900, Joseph Viel constate que les habitants de Saint-Joseph-de-Viel ont besoin de nouveaux moyens de transport pour effectuer la traversée du lac Témiscouata en toute sécurité. L’ingéniosité du «Père Jos» permet la construction de trois bateaux suivant les nouvelles technologies de l’époque. Le premier fonctionne avec un moteur à vapeur, le deuxième avec deux moteurs à essence et le troisième avec un moteur à l’huile crue.

Entre-temps, le « Père Jos » demande au Gouvernement que sa communauté soit dotée d’un réseau routier. Après plusieurs mois d’acharnement et de discussions avec les politiciens, il réussit à obtenir l’argent nécessaire pour réaliser un premier tronçon de route et deux ponts pour franchir les rivières Horton et Squatec. C’est Joseph Viel lui-même, avec l’aide de ses comparses qui entreprennent les grands travaux. Plus tard, sous le règne de Duplessis, il reçoit une aide financière qui permet la construction d’une route passant par la tête du lac Témiscouata. Celle-ci donnera par la suite un nouvel essor à Saint-Joseph-de-Viel.

Jusqu’à sa mort en 1941, Joseph Viel s’est grandement préoccupé du bien-être de sa communauté. Vers 1905, les démarches fructueuses de Viel auprès de l’Instruction publique permettent la construction de la première école. Plus tard, Viel, homme d’une grande foi, obtient pour son village avec l’aide de l’abbé Saindon, l’érection d’une église. Bref, Joseph Viel a ouvert la voie aux générations qui l’ont suivies et ce, dans tous les domaines.

Voici un extrait d’une entrevue qu’a accordé en 1919 Joseph Viel à un arpenteur, paru dans une publication du ministère de la Colonisation.

J’ai aussi un moulin à scier le bois, un « planneur », une moulange en acier et un bateau à vapeur pour le transport des marchandises sur la Touladi et les lacs.

Je ne vendrais pas tout ceci pour moins de 14 000 $.
[ … ]

J’ai quarante ans, ma femme en a quarante-deux. Nous avons beaucoup travaillé tous ensemble. Mes enfants ont appris à lire et à compter et comme vous voyez, nous sommes contents de notre sort. »


Références:
Cinquantenaire de l’érection canonique de la paroisse St-Michel de Squatec, p. 35 à 41
Squatec 1894-1994, p. 724 à 729